Marie Fontaine conduit son Ural depuis six ans. Bertrand Couzin est mécanicien amateur et trésorier du club régional Rhône-Alpes. Ensemble, ils nous parlent de la vie avec une Ural au quotidien.
Entretien conduit par Sophie Renaud, rédaction Ural-France, lors du rassemblement régional de Grenoble.
Le Club Ural France organise chaque printemps une rencontre régionale dans une ville différente. Cette année, c’est la section Rhône-Alpes qui accueille. Une vingtaine de machines sont garées devant le restaurant choisi pour l’occasion — un mélange de Tourist immaculés, de Gear Up chargés comme pour une expédition polaire et de quelques anciennes, patinées par les années.
Marie Fontaine arrive en dernier, son Tourist bordeaux 2020 ronronnant doucement. À ses côtés, Bertrand Couzin descend de sa propre Ural, un Gear Up 2018 qu’il a considérablement personnalisé. Nous trouvons une table à l’écart du brouhaha.
Marie Fontaine : Je conduisais des motos depuis quinze ans — d’abord une 125 au lycée, puis une CB500 Honda, puis une Triumph Bonneville. J’adorais les motos avec une âme, avec du caractère. Un jour, un ami m’a fait faire un tour en passager dans son sidecar Ural. La première réaction : “C’est absurde, c’est bancal, c’est bruyant.” Et puis, à mi-chemin sur la route de campagne, quelque chose s’est déclenché. La façon de voir le paysage depuis la caisse. Le rythme imposé par la machine. J’ai demandé à conduire au retour. Deux mois plus tard, j’achetais un Tourist.
La question du genre revient souvent. Je ne la trouve pas pertinente. La moto Ural accepte n’importe quelle morphologie et n’importe quelle force physique — ce n’est pas une machine qui nécessite de la force, c’est une machine qui demande de la technique. Et la technique s’apprend.
Bertrand Couzin : Pratiquement, oui. Mon parcours : j’ai travaillé dix ans dans le secteur automobile avant de changer de branche. La mécanique a toujours été ma passion. L’Ural est une des seules motos récentes sur lesquelles on peut encore tout faire soi-même sans outillage spécialisé. Pas d’ordinateur de diagnostic, pas de fluides sous haute pression, pas de composants soudés qu’il faut remplacer en bloc. C’est une philosophie de réparabilité qui me tient profondément à cœur.
Ma Gear Up 2018 a 43 000 km au compteur. J’ai refait les soupapes à 30 000 km, changé les roulements de roue à 35 000 km, adapté une protection carter aluminium maison. Tout ça dans mon garage, le week-end. Je pense que beaucoup de gens sous-estiment leur capacité à entretenir ce genre de machine.
BC : Nous sommes une quarantaine de membres actifs dans la région. Je suis trésorier depuis trois ans. L’organisation est légère : une sortie mensuelle (généralement le deuxième dimanche du mois), une assemblée générale en novembre, quelques événements ponctuels. L’argent de la cotisation couvre les frais de communication, l’assurance événement pour les rassemblements et parfois l’achat de matériel partagé — compresseur portable, extracteur de roulements, etc.
Ce qui me semble le plus précieux dans le club, c’est l’annuaire informel des compétences. Parmi nos quarante membres, nous avons un électricien, un plombier, un spécialiste de la soudure, un tanneur qui fait des housses sur mesure. On s’entraide bien au-delà de la moto. C’est une vraie communauté au sens profond du terme.
MF : La traversée des Alpes franco-italiennes l’an dernier. Quinze jours, 2 400 km, seule avec mon Tourist et mon chat dans la caisse du sidecar — oui, j’emmène mon chat. Les gens s’arrêtent tout le temps pour regarder. C’est devenu un running joke dans la communauté : “Marie et son chat en Ural”.
Ce voyage a été transformateur. Les Alpes en sidecar, c’est une expérience unique. Les cols à 40 km/h, les villages italiens où personne ne comprend ce qu’est une Ural mais où tout le monde veut faire une photo, les bivouacs dans des alpages. Si je ferme les yeux, je peux encore entendre le moteur qui ronronne à 2 800 tours par minute sur le col de l’Izoard.
BC : Fortement. Quand nous allons au Ural Treffen en Allemagne — le grand rassemblement européen, 200-300 machines réunies — on comprend l’étendue de cette famille. Des Américains, des Australiens, des Japonais, des Russes qui viennent spécialement… Tout le monde parle la même langue, celle de la mécanique partagée et de l’humour face aux pannes.
C’est une des rares communautés où je n’ai jamais ressenti de compétition ou de jugement. Peu importe l’état de ta machine, peu importe que tu sois arrivé sur un Tourist 1998 rouillé ou un Gear Up 2026 flambant neuf. Ce qui compte, c’est d’être là.
MF : Et la solidarité concrète sur la route. J’ai eu une crevaison du sidecar à 80 km de chez moi. Un propriétaire d’Ural que je n’avais jamais rencontré a passé une heure avec moi pour m’aider à changer la roue. Ça, ça ne s’invente pas.
MF : Venez à une sortie du club. Pas besoin d’Ural, pas besoin de connaissances mécaniques. Venez voir, toucher, parler. La machine est envahissante une fois qu’on l’a vraiment approchée de près.
BC : Et n’ayez pas peur de l’entretien. Si j’avais attendu de “savoir” faire de la mécanique avant d’acheter mon Ural, je n’en aurais jamais eu. On apprend sur le tas, avec la communauté, et c’est ça qui est beau.
Club Ural France — site officiel : contactez l’importateur Ural France pour les coordonnées. Section Rhône-Alpes : informations disponibles sur les groupes Facebook dédiés.
Pour préparer votre propre voyage en Ural, consultez nos itinéraires sidecar en France et notre guide des voyages en Ural.
Questions fréquentes
Le Club Ural France est accessible sur inscription (cotisation annuelle modique). Le site officiel propose les coordonnées des sections régionales. La plupart des sections organisent des sorties mensuelles ouvertes aux non-membres pour une première prise de contact.
C'est l'une des fonctions les plus importantes du club. Les membres plus expérimentés accompagnent souvent les nouveaux propriétaires pour les premières révisions, les aident à diagnostiquer les pannes et partagent leurs contacts de spécialistes. Cette entraide bénévole est au cœur de la culture Ural.
Oui, le Club Ural France organise plusieurs événements annuels dont le French Ural Meeting (généralement en juin dans une région différente chaque année), des sorties mensuelles par section et des participations aux rassemblements européens (Ural Treffen allemand, Ural Fest belge, etc.).
Techniquement, le club accueille les propriétaires d'Ural, mais de nombreux sympathisants assistent aux événements et participent aux forums avant d'avoir acheté leur machine. C'est d'ailleurs souvent dans ce contexte que les futurs acheteurs rencontrent des propriétaires et font leurs premiers essais.
Le Club Ural France réunit environ 300-400 membres actifs à travers la France, organisés en sections régionales. Sur les plateformes en ligne (Facebook, forums spécialisés), la communauté Ural francophone est plus large avec plusieurs milliers de personnes impliquées à divers degrés.